Témoignages

Toute une histoire – Mon problème d’alimentation me bouffe la vie

Il y a quelques semaines, nous avons été contacté via le groupe Facebook par une journaliste de France2 à la recherche de témoignages pour l’émission « Toute une histoire » sur le thème « Mon problème d’alimentation me bouffe la vie« . Après plusieurs entretiens avec la journaliste, la chaîne a finalement décidé que mon histoire n’était pas assez actuelle pour leur émission, que j’avais étendu mon alimentation « au maximum » (pour reprendre ses mots) et que donc elle pensait que mon histoire ne correspondait pas au thème de l’émission.

Du coup, c’est Katia, maman d’un petit néophobe de 9 ans, qui est allée sur le plateau. Nous aurions préféré qu’une personne adulte y aille, d’une part pour qu’on arrête de stigmatiser ce trouble autour du discours « ça va passer », « c’est un rapport malsain avec la mère », etc etc. et d’autre part pour avoir une personne atteinte du trouble qui soit présente en personne sur le plateau (car Katia y est allée seule, son fils n’était pas présent pendant le tournage). Mais bon, les médias étant ce qu’ils sont, ça s’est fait comme ça, et on remercie Katia d’avoir été porter notre message.

Pour ceux qui n’auraient pas 1h30 à consacrer à l’émission, et qui ne sont pas forcément intéressés par les autres troubles de l’alimentation présentés ici, l’intervention de Katia commence à 15mn45 et dure dix minutes. La seconde partie de son témoignage commence à 54mn10, pour 5 minutes cette fois.
L’interview et les questions de Sophie Davant mettent le focus sur le rôle de la mère, sur les erreurs qu’elle a pu faire et qui auraient conduit à ce comportement chez cet enfant, et c’est spécifiquement le message qu’on voulait éviter. Beaucoup des personnes qui viennent témoigner sur le groupe nous racontent que les psychologues/psychiatres commencent généralement les thérapies par une recherche d’historique familial pour trouver la cause, l’erreur de la mère, ou des parents, qui a pu causer cette réaction chez l’enfant. C’est un message avec lequel je — nous, néophobes en général — ne sommes pas d’accord. Il y a des tas de gamins qui sont en conflit avec leurs parents, il y a des tas de parents qui font des erreurs, il y a des tas d’enfants qui refusent de manger parce que dire non à maman c’est bien plus fun que de manger du brocoli, et pourtant tous ne grandissent pas en restant néophobes, bien loin de là. Alors pourquoi nous, infime minorité, le sommes restés, sans pourtant être dans un climat familial particulièrement conflictueux et/ou surprotégé ? 

Bref, vous l’aurez compris, je ne suis franchement pas d’accord avec la vision donnée par l’émission (et qui malheureusement est la vision que l’on en a en général) mais l’essentiel du message est quand même passé : les mots « phobies alimentaires », « néophobie », « sentiment de peur face à de nouveaux aliments » sont posés et les gens qui en souffrent, ou leurs proches, se sont reconnus dans le témoignage de Katia. D’ailleurs, plusieurs personnes sont venues sur le groupe suite à la diffusion de l’émission pour nous dire qu’elles venaient de mettre un nom sur leur trouble alimentaire, et qu’elles découvraient à travers le témoignage de Katia qu’elles n’étaient pas les seules à être dans cette situation.
C’est souvent ce que les gens me disent après avoir découvert mon blog, après avoir parcouru mes témoignages : « j’ai découvert que je n’étais pas seul(e)« . C’est le problème de ce grand désert informatif qui règne sur la néophobie, le problème de médecins qui ne savent rien de ce trouble. Chacun se pense juste « différent », et pense être seul dans ce cas là.

Encore une fois, dans la deuxième partie du témoignage, Katia soulève des points intéressants, dans lesquels tous les néophobes se reconnaîtront très certainement, notamment la sensibilité exarcerbée au niveau des goûts et surtout des odeurs, et là encore le diététicien présent sur le plateau ramène ça à elle et son rôle de mère surprotectrice. C’est vraiment dommage, de bons thèmes ont été évoqués, mais je garde l’impression qu’ils ne sont pas allés au bout des choses, au bout du reportage et du travail de recherche. Que le diététicien ne connaisse pas ce trouble, rien d’étonnant, ce n’est pas le premier et ce sera malheureusement loin d’être le dernier aussi, mais c’est dommage qu’ils ne soient pas allés plus loin dans les recherches.

Cette histoire de sensibilité aux odeurs exacerbée, une maman — dont le fils néophobe a été suivi par une orthophoniste — nous a appris que ça s’appelle de la dysoralité sensorielle (hyper réactivité génétique des organes du goût et de l’odorat) et que cela peut se soigner. Pourquoi il faut que l’on apprenne ce genre de choses grâce à d’autres mamans, et qu’aucune des cinquante autres personnes présentes sur le groupe n’en ait jamais entendu parler par quelque médecin que ce soit ? Pourquoi on ne parle pas précisément de ce genre de trouble physiologiques et des moyens d’y remédier dans l’émission, plutôt que de tout ramener à une maman kangourou qui a gardé trop longtemps son petit dans sa poche ?

Et encore et toujours une fausse note du diététicien sur la fin lorsqu’il dit qu’il ne faut pas « inviter le trouble alimentaire à table », c’est à dire qu’il ne faut pas modifier ses repas pour s’adapter au trouble de l’enfant, que « c’est à lui de s’adapter à la situation« , « mais il lui donner envie en faisant des petits plats sympathiques », lui mettre des petites quantités du repas ‘normal’ dans l’assiette (sans préparer d’aliment accepté à côté) en lui disant « tu fais du mieux que tu peux, tu vois ce que tu peux faire et tu essayes d’avancer ». Comme si cette solution n’avait pas déjà été essayée, comme si les mamans avaient jeté l’éponge au bout de 2 jours sans rien tenter.

C’est là qu’on se rend vraiment compte à quel point ce trouble n’est pas envisagé dans sa dimension réelle et totale, et c’est vraiment dommage.

Bref, si on prend un peu de recul et qu’on fait le bilan de cette émission, c’est quand même du positif qui en ressort, de nouvelles personnes qui ont pu mettre un nom sur leur situation, d’autres mamans qui ont de nouvelles pistes à explorer pour espérer améliorer du mieux qu’elles peuvent la vie de leurs bouts de chou, donc pour tout ça, merci Katia merci vraiment.

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6 commentaires

  • Répondre DE ALBUQUERQUE 06/02/2014 à 3 h 18 min

    Bonjour Marie,
    Je viens de lire ton dernière commentaire….. je suis émue…… et je t’admire…..ton courage… et je t’embrasse très fort!

  • Répondre catherine SENEZ 15/02/2014 à 19 h 06 min

    Bonjour,
    Je découvre votre site et c’est tut à fait étonnant pour moi ! Bravo il est très bien fait et j’aimerais en parler dans mes stages pour les orthophonistes. J’en forme le plus possible mais il y a encore beaucoup à faire ! Je réalise soudain que l’évolution peut venir des personnes concernées qui vont finir par imposer une nouvelle vision de ce problème aux médecins. Mais peut-être que je prends mes désirs pour la réalité….quoi que ! !
    J’aimerais échanger avec vous sur votre « faire savoir » qui est si pertinent
    Merci pour ce site
    C. SENEZ

  • Répondre LeeLoo 15/02/2014 à 20 h 39 min

    Bonjour Catherine,

    Merci pour votre message et vos encouragements ! Vous pouvez en parler pendant vos stages, je l’ai créé dans le but d’informer le plus de personnes possibles donc si vous souhaitez le partager ce sera avec plaisir !
    Je vous envoie mes coordonnées par email, j’échangerai volontiers avec vous.

    A bientôt

  • Répondre CharlotteS 03/01/2016 à 23 h 54 min

    Bonsoir,
    Je m’appelle Charlotte, j’ai 20ans, et je suis complètement tétanisée devant le fait de gouter un nouvel aliment. J’ai essayé pendant 1an de travailler dessus, j’ai gouté 7 nouveaux aliments, seulement 1 est resté dans mes habitudes alimentaires. J’ai fini par laisser tomber car personne ne m’aide vraiment puisque personne ne comprend, et je vis seule dans mon appartement, je n’ai donc pas forcément envie de changer mes habitudes, de plus je suis étudiante, je n’ai pas envie d’acheter des aliments qui finiront à la poubelle..
    Mais je ne veux pas être néophobe toute ma vie, je ne sais pas quoi faire..

    Charlotte

    • Répondre Tommy 07/04/2016 à 23 h 02 min

      Salut Charlotte,

      Je suis dans la même situation que toi, néophobe depuis que je suis née … Mes parents ont tout essayé, jusqu’à me dégoutté de l’envie de manger x.x
      Aujourd’hui est un véritable mal, j’ai 19 ans et je ne peux pas sortir car tout mes potes mangent ensemble, je ne peux pas sortir au cinéma car on veut toujours m’inviter a manger avant, enfin bref c’est la galère. En tant qu’étudiant, sa m’est arrivé  » d’avoir envie d’éssayer  » de nouvelles choses, mais pareil acheté pour jeter c’est bof …
      En espérant trouver la solution un jour, gardons espoir !
      Si jamais tu veux discuté, je dois t’avoué que ce serait sympa de parler a des gens qui nous comprennent vraiment.
      Je suis perdu également :/

      Tom

      • Répondre MagicFred 01/11/2016 à 17 h 41 min

        Salut tout le monde !

        J’ai 37 ans et je viens de découvrir ici que je ne suis pas le seul à vivre ce problème alimentaire !

        Même si je n’ai pas la solution, je peux simplement partager avec vous que j’ai fait des progrès avec le temps.
        Ma plus grande victoire et qu’aujourd’hui mon trouble passe inaperçu 90% du temps car j’ai réussi à varier mon alimentation.
        Ça reste que sur une carte dans un resto, je dois manger 10% de ce qui est proposé mais ça me sauve 😉

        Courage !

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