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Comprendre

Le juste milieu ?

Ce message est tout particulièrement adressé aux mamans de néophobes. Je m’excuse d’avance si je vous froisse ou si vous le prenez mal, croyez moi bien, ce n’est pas mon intention et je dis tout ça simplement dans le but de vous aider.

Je me demande souvent où se situe la frontière. Comment savoir si l’on fait tout ce qui est en notre pouvoir pour aider son enfant, ou si à trop vouloir l’aider on ne pousse pas un peu trop loin.

J’ai lu récemment un témoignage disant qu’un néophobe d’ une dizaine d’années a trop mal vécu le voyage scolaire l’an dernier, et y a donc renoncé cette année. Cela m’amène à me poser une question.
Votre rôle en tant que mère aujourd’hui, de fils d’une dizaine d’années, est-il de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour qu’il guérisse et qu’il puisse un jour, après un combat long et sûrement douloureux, réussir à manger comme tout le monde, ou de tout faire pour qu’il soit heureux ? Je ne doute pas que vous souhaitiez que vos fils soient heureux, mais j’ai peur que vous ne preniez peut être pas le bon chemin pour y parvenir.

Je sais que pour une mère, la santé, la croissance, l’équilibre alimentaire sont très importants. Pour un enfant de neuf ans, ce ne sont pas les priorités, loin de là. Pour lui, la vie sociale commence à prendre le dessus sur tout le reste (et cela ne va pas aller en s’améliorant dans les années à venir), et nous savons tous la place qu’occupe les repas au sein de cette vie sociale. L’important aujourd’hui, n’est-ce pas de l’aider à se construire autour de cette vie sociale, sans laisser son problème avec la nourriture gâcher tout ça ? Je ne dis pas que ce sera facile tout les jours, ni que ce sera gagné d’avance, je dis simplement que à ce stade de la vie de vos enfants, c’est peut être un combat qui mérite toute votre attention, plus que d’essayer de les faire manger de tout. Ils ont bien grandi jusqu’ici, le corps humain à une extraordinaire capacité d’adaptation et nous en sommes tous la preuve ici, alors ils continueront sûrement de grandir aussi bien pendant quelques années encore. Mais ils arrivent dans une période de leur vie où ils vont construire bien plus.

Si le dernier voyage scolaire à été un fiasco, alors il faut en tirer des leçons et apprendre au se débrouiller différemment pour le suivant. Il ne faut pas les priver de tous ces moments simplement car ils ne mangent pas comme tout le monde. La vie sociale est trop importante pour s’en isoler à cause d’une différence.

Le premier voyage sans mes parents, je n’ai quasiment rien avalé, et toute ma famille m’a appelé « le petit monstre » pendant près de 20 ans à cause de ce fameux week-end. Mon premier voyage scolaire, je suis partie avec plus de paquets de chips que d’habits dans ma valise. Le suivant, j’ai fait cuire des pâtes en oubliant de faire bouillir l’eau d’abord. Mais j’ai appris de mes erreurs, ma mère a appris de nos erreurs. On a appris à se débrouiller comme on pouvait. Je ne suis plus jamais partie avec une valise sans provisions, j’ai appris très tôt les rudiments de la cuisine de base. Mais j’ai fait tous les voyages scolaires, du CE1 à la première, et je suis même partie en colo. Et je garde de chacun de ces voyages des souvenirs extraordinaires.

C’est pour tous ces souvenirs qui me sont si chers que je me permets aujourd’hui de bousculer un peu vos cœurs de mamans et de vous dire de faire attention, de ne pas passer à côté de l’essentiel. Ne laissez pas cette maladie prendre toute la place et se transformer en phobie sociale. Peu importe s’il ne goûte rien pendant des mois, ou s’il ne mange pas de viande ou de légumes. L’important est qu’il mange à sa faim, et surtout qu’il soit heureux, qu’il réussisse à accepter cette différence afin de pouvoir vivre sa vie de la manière la plus normale possible. Car on a beau dire, être normal, à cet âge là, c’est un peu tout ce qui compte..

Certains pensent que c’est bien de vouloir tout faire pour aider son enfant, surtout maintenant qu’on trouve davantage d’informations grâce à internet. J’ai juste peur que ce surplus d’informations ne pousse les parents vers un entêtement qui ne ferait pas forcément que du bien à l’enfant. Quand je lis tous ces parents qui trainent leurs enfants de spécialiste en spécialiste, de thérapie en clinique spécialisée, et le tout sans résultat ou si peu, j’ai peur que les enfants ne retiennent que cet interminable combat de leur enfance, et que cette triste épopée ne prenne le dessus sur tous les souvenirs d’enfance si simples mais pourtant irremplaçables.
Je sais que mon expérience ne prévaut pas comme règle générale, que chaque famille a son propre ressenti face à tout ça, mais je ressentais quand même le besoin de tirer ce message d’alerte suite à ces nombreux témoignages que j’ai pu lire ces derniers temps, et qui je l’avoue m’inquiètent un peu…

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Hypnothérapie

Ce qui m’a décidée à y aller

L’hypnose, on m’en a souvent parlé, on m’a souvent dit que ça marchait bien pour les phobies, et qu’il faudrait que j’essaye. J’ai toujours eu dans l’idée qu’un hypnothérapeute ne se trouvait pas sur Google, qu’il fallait connaître quelqu’un qui puisse t’en recommander un, car c’était un milieu où on pouvait facilement tomber sur des charlatans. Cette page confirme d’ailleurs ce que je pensais. Seulement voilà, je ne connaissais personne qui soit capable de me recommander un.

Félix Economakis, un hypnothérapeute anglais, participait activement au groupe Facebook anglophone Living with SED (Selective eating disorder), sur lequel j’étais moi aussi assez active à l’époque.

Déjà, il se définissait comme hypnothérapeute. Je ne savais pas qu’il s’agissait de thérapeutes, je pensais qu’on disait simplement « hypnotiseur ». Le mot thérapeute m’a rassurée, c’est peut-être bête, et ce n’est sûrement pas encadré « médicalement », mais dans mon esprit, c’est quand même un gage de sérieux.

Ensuite, il se targuait d’avoir traité — et guéri ! – plusieurs dizaines d’adultes atteints de néophobie, et ce en une séance seulement ! Sa promesse de changer la vie des néophobes était assez bluffante, et, je dois l’avouer, plutôt tentante…

J’étais quand même un peu dubitative, j’attendais que d’autres se lancent pour voir ce que ça donnait. Les premiers ont été très enthousiastes, puis la joie est vite retombée, façon soufflé au fromage. Oui, la peur est partie, non, leur régime alimentaire ne s’est pas franchement étendu pour autant. Ils arrivent à goûter, mais réussir à aimer et incorporer un nouvel aliment à leur « safe foods list » est une autre paire de manche.

Soit, sachant cela, j’ai pris ma décision en toute connaissance de cause. Je peux espérer que l’angoisse parte, mais je ne serai pas totalement guérie de mon trouble alimentaire pour autant. Ok, ça me va, ce serait déjà une première étape de franchie. J’avais déjà touché du doigt, avec mon traitement aux anti-dépresseurs, qu’il y avait bien 2 versants à ma maladie : l’angoisse d’un côté, l’hypersensibilité de l’autre.

Si la thérapie cognitive et comportementale et le traitement aux anti-dépresseurs m’avaient déjà bien aidés à dépasser ma phobie de goûter de nouveaux aliments, il me semblait tout de même que je n’étais pas tout à fait guérie, et qu’il me restait encore un fond d’angoisse à faire disparaître.

J’ai donc décidé de me jeter à l’eau.

 

Seulement, bien qu’à l’aise en anglais, j’avais peur que le fait d’être francophone pose problème pendant la séance. Je lui ai donc demandé s’il pouvait me recommander un hypnothérapeute français à Paris, ce qu’il a fait. J’ai donc pris rendez-vous

 

J’ai ressassé l’idée pendant un moment, un peu rebutée par le fait de devoir aller à Londres, et de devoir faire une séance en anglais, et aussi bien embêtée car Felix demande d’amener 5 aliments, présentant une difficulté croissante, afin de les goûter à la fin de la séance pour vérifier si ça a marché. Et très franchement, je n’ai aucune idée de ce que j’aurais bien pu emmener comme aliments..

Puis un beau jour, ça m’a pris un peu comme une envie de pisser, je me suis décidée à chercher un hypnothérapeute ici. J’ai la chance d’habiter à Paris, il doit bien y en avoir des tas des hypnothérapeutes, il n’y a pas de raison qu’ils soient plus nuls qu’à Londres. Donc j’ai demandé à Google de me trouver des hypnothérapeutes, de préférence pas trop loin du bureau histoire que ce soit encore + pratique, et j’en ai contacté plusieurs histoire de pouvoir poser mes questions, savoir s’ils avaient déjà traité des phobies alimentaires, voir un peu si le feeling passait, et éventuellement prendre rendez-vous.

Et c’est là que ce que je pensais à propos de l’hypnose s’est confirmé, et que j’ai pris un peu peur. Si les 3 autres personnes que j’ai eues au téléphone avaient l’air au demeurant très charmantes, gentilles, professionnelles et disponibles, le 4e m’a carrément choquée. Il m’a annoncé qu’il faudrait au moins 10 séances, à 100€ la séance (déjà, à ce stade, Felix me dirait : « fuiiiiis »), et donc je lui ai répondu « je vais réfléchir, c’est tout de même un budget et pour l’instant je ne l’ai pas », ce à quoi il m’a répondu : « je vous propose un marché : pour que cela marche, il faudra que vous vous investissiez aussi. Si ça marche, c’est que vous aurez rempli votre part du contrat. Je ne vous ferai rien payer, votre guérison sera ma récompense. Si ça ne fonctionne pas, c’est que vous n’aurez pas fait votre part du travail, donc vous devrez me payer les 10 séances à la fin de celles-ci. » Là, j’ai pris peur, je l’ai remercié un peu trop rapidement en lui disant que j’allais réfléchir (c’était bien sûr déjà tout réfléchi), j’ai raccroché et suis partie me cacher dans un coin.

J’avais déjà pris rendez-vous avec l’une des trois premières, mais je ne savais pas trop où j’allais mettre les pieds. Quand j’ai annoncé sur le groupe que j’avais pris RDV, Felix m’a dit « ah zut, j’avais quelqu’un à te recommander chaudement ». Il avait dit le mot magique, encore plus rassurant que thérapeute : recommandé. Donc ni une ni deux, j’ai décommandée la madame trouvée sur Google, et pris rendez-vous avec Antoine Garnier.

Au téléphone, le feeling est bien passé, et en plus, il avait déjà traité plusieurs patients atteints de phobies alimentaires, « des adultes qui mangeaient comme des enfants », pour reprendre ses propres termes. Je me suis donc sentie plus rassurée.

 

Je ne me suis pas trop renseignée avant la séance, volontairement. Je ne voulais pas arriver avec des apriori sur ce qui allait se passer ou non, et sur ce que je pouvais espérer à la sortie. J’y suis allée en me disant que si ça marche tant mieux, sinon ce n’est pas grave, ça ne me coûte rien d’essayer — enfin que du financier mais pas d’effort particulier ni de douleur quelconque — et au moins je n’aurais pas à regretter de ne pas avoir tenté.

 

Le mode et la fréquence des séances

Pendant la séance, Antoine a commencé par me poser des questions à propos de mon problème, mais surtout orientés sur le futur. Ce que j’aimerais améliorer, ce que j’attendais des séances d’hypnose.

Ensuite, il a vérifié que j’étais bien réceptive à l’hypnose, notamment en faisant bouger ma main toute seule. Ne me demandez pas comment, mais effectivement ma main bougeait bien toute seule, un peu comme la trotteuse d’une horloge qui se déplace de quelques millimètres toutes les secondes.

Puis il m’a fait faire des exercices de projection, où je devais imaginer différents scénarios pendant qu’il m’hypnotisais — par exemple ma réaction actuelle face à un aliment nouveau, puis m’imaginer manger avec plaisir ce même aliment. Je dois avouer que je ne suis pas très douée avec la projection, et que visualiser dans ma tête ce qu’il me demandait était très compliqué.

Je l’ai revu trois semaines plus tard, puis encore une ou deux fois ensuite.

 

Pourquoi j’ai arrêté

Je n’ai pas franchement ressenti d’amélioration suite à ses séances. Peut-être un peu moins d’anxiété face aux nouveaux aliments, mais je n’en étais pas vraiment sûre, et puis c’était quand même ma 3e tentative de traitement (après la thérapie cognitive et comportementale, et le traitement aux anti-dépresseurs), et c’est un peu difficile de quantifier à quel traitement sont dûs les progrès.

En tout les cas, ce dont je suis sûre, c’est que je n’ai pas remarqué de changement significatif, et encore moins radical, à la suite des séances d’hypnose, comme Félix Economakis semblait le promettre…