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Mieux vivre

Ce que les parents doivent savoir

Felix Economakis, hypnothérapiste anglais spécialisé dans le traitement du SED (dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois), nous a demandé ce que nous – les néophobes adultes – aimerions donner comme conseils aux parents pour pouvoir les aider pendant la croissance de leurs enfants. Voilà ce qu’il en est ressorti.

green and red healthy foodLe trouble de l’alimentation sélective (Selective eating disorder – SED, NDT) n’est pas la même chose qu’une personne difficile. C’est une phobie réelle et sérieuse, ou une aversion phobique.

* Être difficile est une phase normale dans le développement de la plupart des enfants. Ils PEUVENT manger les aliments mais ne veulent pas.

* Le SED est basé sur un mini-traumatisme qui a créé une aversion – l’enfant VEUT manger mais ne PEUT PAS indépendamment de la pression qu’on lui met pour le faire. En fait, l’enfant préférerait se laisser mourir de faim plutôt que de manger quelque chose qu’il ne connaît pas, donc laisser votre enfant sans manger, le menacer, le soudoyer, le faire culpabiliser, etc. ne va pas fonctionner et sera même contre-productif.

Récemment, j’ai demandé aux membre du forum Facebook « Selective eating disorder » (plus de 400 membres) quels conseils ou réponses ils auraient vraiment apprécié recevoir dès le début, qui auraient pu faire une grande différence pendant leur enfance.

Certains thèmes sont revenus plusieurs fois. Ce qui suit regroupe les réponses des membres, copiées/collées telles quelles. Parents, soyez attentifs : tout ceci vient de personnes atteintes du SED qui ont traversé ça et ont retenu ces leçons à leurs dépens. Vous pouvez épargner à votre enfant et vous-même beaucoup de frustration grâce à l’expérience des autres.

Sans ordre d’importance :

  • « Ce n’est pas votre faute (celle des parents). La plupart des professionnels de santé n’ont jamais entendu parler du SED, et tout le monde vous fera penser que vous avez fait quelque chose pour rendre votre enfant comme ça »
    J’aimerais aussi ajouter ici que vous pourriez très bien être élue « mère de l’année » et ne pas pour autant réussir à diminuer son SED, parce que la réponse phobie est par définition émotionnelle et non pas intellectuelle.
  • « Supprimez la pression ! »
    « Ne mettez pas la pression à votre enfant à propos de la nourriture! Ça fait plus de mal que de bien. Ne faites pas de la nourriture un problème, laissez-lui la possibilité de choisir (dans la limite du raisonnable) plutôt que de lui dire ce qu’il doit manger. Moins de pression = moins d’anxiété. »
    Les membres ont évoqué plusieurs fois à quel point la pression venant de leurs proches à propos de la nourriture a empiré les choses pendant leur enfance.  Les gens qui développent le SED ont tendance à être têtu, et la pression est la pire approche pour les pousser à changer.
    « Ne privez pas votre enfant de nourriture parce que votre médecin vous a dit qu’il mangerait quand il aura faim, la culpabilité que vous en tirerez vous poursuivra pour le reste de votre vie. Ne vous énervez pas contre votre enfant mais contre son trouble alimentaire. »
    « Ne vous battez pas pour les repas, cela vous fera tous deux (parent/enfant) pleurer. Ne forcez pas votre enfant à se nourrir. »
    « Prévoyez toujours sur la table quelque chose que votre enfant peut manger, en plus de la nourriture que vous, parents, aimeriez le voir manger. Laissez votre enfant manger autant qu’il le souhaite de ce que vous lui proposez. Ne vous attendez pas à des miracles instantanés. Concentrez-vous sur le fait de créer une atmosphère détendue pendant les repas et d’avoir un bon comportement à table. Votre enfant ne voudra pas goûter à de nouvelles choses, ou même ne voudra pas manger du tout, s’il se sent stressé. »
  • Tu n’es pas seul (pour l’enfant)
    Un enfant qui souffre de SED ne comprend pas sa propre réaction, et est encore moins capable de l’expliquer à ses parents. En absence d’information, un parent ou quelqu’un d’autre peut sauter à la conclusion que l’enfant est juste difficile. Pour reprendre les mots de l’un des membres :
    « J’encouragerai fortement les parents à expliquer à leurs enfant avec un SED qu’il n’est en fait pas « la personne la plus difficile du monde » et qu’il y a beaucoup d’autres personnes qui partagent le même sentiment et les mêmes peurs. Je pense que ça m’aurait aussi beaucoup aidée de rencontrer ou au moins de pouvoir échanger avec d’autres personnes qui souffrent du SED. »
  • Vous n’êtes pas seuls (pour les parents)
    « Mon conseil pour tous les parents est de s’assurer que vous recevez la bonne aide des professionnels de santé qui suivent votre enfant, et de rejoindre autant de groupes d’aide que possible traitant de ce sujet pour recevoir des conseils et de l’aide d’autres personnes qui vivent avec le SED. »
    Découvrez ce qui fonctionne grâce à ceux qui l’ont découvert en tâtonnant.
  • « Ne vous laissez pas malmener par les médecins et autres professionnels de santé mentale »
    « C’est assez difficile de trouver un professionnel de santé qui CONNAIT le SED. La plupart vont penser que c’est juste un enfant difficile normal, et que ça va passer en grandissant, ils pourront même aller jusqu’à vous conseiller de priver l’enfant de ses aliments « sûrs » jusqu’à ce qu’il cède. D’autres feront diversion en vous envoyant voir un ORL, une orthophoniste, etc. Malheureusement, vous devrez sûrement enseigner à votre médecin quelle est la réalité du SED. »
  • « Préparez vous à un long combat pour vos droits »
    Désolé, il n’y a pas de bonne manière de dire ça : vous allez être jugé(e)… Jugé(e) par les gens en qui vous avez le plus confiance au monde, les médecins, les professeurs, les chefs spirituels, les amis, et pire que tout, votre famille. Ils vont dire que vous avez baissé les bras trop tôt, vous dire que vous laissez votre enfant vous contrôler, que votre enfant est juste trop gâté. Vous allez entendre tellement de « si c’était le mien » que vous allez commencer à croire les leçons et jugements. Vous connaissez votre enfant, vous êtes le/la seul(e) à avoir connu les larmes et épreuves et la réalité du problème.
  • Respectez les difficultés de votre enfant
    « Ne servez pas dans l’assiette de votre enfant des aliments qu’il ne considère pas comme « sûrs », ne dites pas qu’il est difficile en sa présence, ne le nourrissez pas de force, ne lui mettez pas la pression, évitez tout ce qui peut empirer la situation. Si vous allez manger dehors, prévoyez d’emporter de la nourriture « sûre », ou commandez à l’avance. Plusieurs restaurants m’ont préparé un plat qui n’était pas sur le menu quand j’ai appelé à l’avance. Mangez tous ensemble à table ou alors vous en faites un problème, tout comme le fait d’en parler! »
    Votre enfant n’a pas demandé à être traumatisé par une quelconque expérience perdue dans la nuit des temps. S’il avait eu le choix à l’époque, il aurait choisi une vie plus facile, plutôt qu’une option dangereuse, bizarre socialement et qui fera de lui un adulte anxieux socialement qui devra refuser des offres d’emploi et même des relations possibles.
  • Replacez le SED dans le contexte
    Votre enfant a une phobie. Il se trouve simplement que c’est à propos de la nourriture. Vous n’en voudriez pas à votre enfant s’il avait la phobie des araignées. Vous compatiriez et réaliseriez que cela est dû à une peur causée par une grosse araignée apparue de nulle part. Votre enfant a été effrayé de la même manière par la nourriture ou quelque chose associé à la nourriture. Expliquez à votre enfant et aux autres le fait que c’est juste une phobie, que 30% de la population a des phobies sérieuses, et que celle-ci se trouve juste être à propos de la nourriture. Aider votre enfant à relativiser le SED le plus tôt possible évitera de devenir plus tard un adulte complexé, se sentant responsable, et anxieux socialement.
  • PATIENCE
    Baby steps ! Ne serait-ce qu’essayer de goûter un nouvel aliment, même si l’enfant n’aime pas, est une réussite. C’est le signe que votre enfant essaye de faire des efforts pour vaincre sa peur.

Un grand merci pour tous les contributeurs du forum SED sur Facebook. S’il-vous-plaît faites passer l’information à quiconque pourrait avoir un enfant qui souffre du SED. Cela pourrait épargner les familles d’une grande frustration inutile et douloureuse.

Enfin, sachez que de l’aide est disponible. N’abandonnez pas.

Comprendre

Le juste milieu ?

Ce message est tout particulièrement adressé aux mamans de néophobes. Je m’excuse d’avance si je vous froisse ou si vous le prenez mal, croyez moi bien, ce n’est pas mon intention et je dis tout ça simplement dans le but de vous aider.

Je me demande souvent où se situe la frontière. Comment savoir si l’on fait tout ce qui est en notre pouvoir pour aider son enfant, ou si à trop vouloir l’aider on ne pousse pas un peu trop loin.

J’ai lu récemment un témoignage disant qu’un néophobe d’ une dizaine d’années a trop mal vécu le voyage scolaire l’an dernier, et y a donc renoncé cette année. Cela m’amène à me poser une question.
Votre rôle en tant que mère aujourd’hui, de fils d’une dizaine d’années, est-il de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour qu’il guérisse et qu’il puisse un jour, après un combat long et sûrement douloureux, réussir à manger comme tout le monde, ou de tout faire pour qu’il soit heureux ? Je ne doute pas que vous souhaitiez que vos fils soient heureux, mais j’ai peur que vous ne preniez peut être pas le bon chemin pour y parvenir.

Je sais que pour une mère, la santé, la croissance, l’équilibre alimentaire sont très importants. Pour un enfant de neuf ans, ce ne sont pas les priorités, loin de là. Pour lui, la vie sociale commence à prendre le dessus sur tout le reste (et cela ne va pas aller en s’améliorant dans les années à venir), et nous savons tous la place qu’occupe les repas au sein de cette vie sociale. L’important aujourd’hui, n’est-ce pas de l’aider à se construire autour de cette vie sociale, sans laisser son problème avec la nourriture gâcher tout ça ? Je ne dis pas que ce sera facile tout les jours, ni que ce sera gagné d’avance, je dis simplement que à ce stade de la vie de vos enfants, c’est peut être un combat qui mérite toute votre attention, plus que d’essayer de les faire manger de tout. Ils ont bien grandi jusqu’ici, le corps humain à une extraordinaire capacité d’adaptation et nous en sommes tous la preuve ici, alors ils continueront sûrement de grandir aussi bien pendant quelques années encore. Mais ils arrivent dans une période de leur vie où ils vont construire bien plus.

Si le dernier voyage scolaire à été un fiasco, alors il faut en tirer des leçons et apprendre au se débrouiller différemment pour le suivant. Il ne faut pas les priver de tous ces moments simplement car ils ne mangent pas comme tout le monde. La vie sociale est trop importante pour s’en isoler à cause d’une différence.

Le premier voyage sans mes parents, je n’ai quasiment rien avalé, et toute ma famille m’a appelé « le petit monstre » pendant près de 20 ans à cause de ce fameux week-end. Mon premier voyage scolaire, je suis partie avec plus de paquets de chips que d’habits dans ma valise. Le suivant, j’ai fait cuire des pâtes en oubliant de faire bouillir l’eau d’abord. Mais j’ai appris de mes erreurs, ma mère a appris de nos erreurs. On a appris à se débrouiller comme on pouvait. Je ne suis plus jamais partie avec une valise sans provisions, j’ai appris très tôt les rudiments de la cuisine de base. Mais j’ai fait tous les voyages scolaires, du CE1 à la première, et je suis même partie en colo. Et je garde de chacun de ces voyages des souvenirs extraordinaires.

C’est pour tous ces souvenirs qui me sont si chers que je me permets aujourd’hui de bousculer un peu vos cœurs de mamans et de vous dire de faire attention, de ne pas passer à côté de l’essentiel. Ne laissez pas cette maladie prendre toute la place et se transformer en phobie sociale. Peu importe s’il ne goûte rien pendant des mois, ou s’il ne mange pas de viande ou de légumes. L’important est qu’il mange à sa faim, et surtout qu’il soit heureux, qu’il réussisse à accepter cette différence afin de pouvoir vivre sa vie de la manière la plus normale possible. Car on a beau dire, être normal, à cet âge là, c’est un peu tout ce qui compte..

Certains pensent que c’est bien de vouloir tout faire pour aider son enfant, surtout maintenant qu’on trouve davantage d’informations grâce à internet. J’ai juste peur que ce surplus d’informations ne pousse les parents vers un entêtement qui ne ferait pas forcément que du bien à l’enfant. Quand je lis tous ces parents qui trainent leurs enfants de spécialiste en spécialiste, de thérapie en clinique spécialisée, et le tout sans résultat ou si peu, j’ai peur que les enfants ne retiennent que cet interminable combat de leur enfance, et que cette triste épopée ne prenne le dessus sur tous les souvenirs d’enfance si simples mais pourtant irremplaçables.
Je sais que mon expérience ne prévaut pas comme règle générale, que chaque famille a son propre ressenti face à tout ça, mais je ressentais quand même le besoin de tirer ce message d’alerte suite à ces nombreux témoignages que j’ai pu lire ces derniers temps, et qui je l’avoue m’inquiètent un peu…

Se soigner

Hypnothérapie

Ce qui m’a décidée à y aller

L’hypnose, on m’en a souvent parlé, on m’a souvent dit que ça marchait bien pour les phobies, et qu’il faudrait que j’essaye. J’ai toujours eu dans l’idée qu’un hypnothérapeute ne se trouvait pas sur Google, qu’il fallait connaître quelqu’un qui puisse t’en recommander un, car c’était un milieu où on pouvait facilement tomber sur des charlatans. Cette page confirme d’ailleurs ce que je pensais. Seulement voilà, je ne connaissais personne qui soit capable de me recommander un.

Félix Economakis, un hypnothérapeute anglais, participait activement au groupe Facebook anglophone Living with SED (Selective eating disorder), sur lequel j’étais moi aussi assez active à l’époque.

Déjà, il se définissait comme hypnothérapeute. Je ne savais pas qu’il s’agissait de thérapeutes, je pensais qu’on disait simplement « hypnotiseur ». Le mot thérapeute m’a rassurée, c’est peut-être bête, et ce n’est sûrement pas encadré « médicalement », mais dans mon esprit, c’est quand même un gage de sérieux.

Ensuite, il se targuait d’avoir traité — et guéri ! – plusieurs dizaines d’adultes atteints de néophobie, et ce en une séance seulement ! Sa promesse de changer la vie des néophobes était assez bluffante, et, je dois l’avouer, plutôt tentante…

J’étais quand même un peu dubitative, j’attendais que d’autres se lancent pour voir ce que ça donnait. Les premiers ont été très enthousiastes, puis la joie est vite retombée, façon soufflé au fromage. Oui, la peur est partie, non, leur régime alimentaire ne s’est pas franchement étendu pour autant. Ils arrivent à goûter, mais réussir à aimer et incorporer un nouvel aliment à leur « safe foods list » est une autre paire de manche.

Soit, sachant cela, j’ai pris ma décision en toute connaissance de cause. Je peux espérer que l’angoisse parte, mais je ne serai pas totalement guérie de mon trouble alimentaire pour autant. Ok, ça me va, ce serait déjà une première étape de franchie. J’avais déjà touché du doigt, avec mon traitement aux anti-dépresseurs, qu’il y avait bien 2 versants à ma maladie : l’angoisse d’un côté, l’hypersensibilité de l’autre.

Si la thérapie cognitive et comportementale et le traitement aux anti-dépresseurs m’avaient déjà bien aidés à dépasser ma phobie de goûter de nouveaux aliments, il me semblait tout de même que je n’étais pas tout à fait guérie, et qu’il me restait encore un fond d’angoisse à faire disparaître.

J’ai donc décidé de me jeter à l’eau.

 

Seulement, bien qu’à l’aise en anglais, j’avais peur que le fait d’être francophone pose problème pendant la séance. Je lui ai donc demandé s’il pouvait me recommander un hypnothérapeute français à Paris, ce qu’il a fait. J’ai donc pris rendez-vous

 

J’ai ressassé l’idée pendant un moment, un peu rebutée par le fait de devoir aller à Londres, et de devoir faire une séance en anglais, et aussi bien embêtée car Felix demande d’amener 5 aliments, présentant une difficulté croissante, afin de les goûter à la fin de la séance pour vérifier si ça a marché. Et très franchement, je n’ai aucune idée de ce que j’aurais bien pu emmener comme aliments..

Puis un beau jour, ça m’a pris un peu comme une envie de pisser, je me suis décidée à chercher un hypnothérapeute ici. J’ai la chance d’habiter à Paris, il doit bien y en avoir des tas des hypnothérapeutes, il n’y a pas de raison qu’ils soient plus nuls qu’à Londres. Donc j’ai demandé à Google de me trouver des hypnothérapeutes, de préférence pas trop loin du bureau histoire que ce soit encore + pratique, et j’en ai contacté plusieurs histoire de pouvoir poser mes questions, savoir s’ils avaient déjà traité des phobies alimentaires, voir un peu si le feeling passait, et éventuellement prendre rendez-vous.

Et c’est là que ce que je pensais à propos de l’hypnose s’est confirmé, et que j’ai pris un peu peur. Si les 3 autres personnes que j’ai eues au téléphone avaient l’air au demeurant très charmantes, gentilles, professionnelles et disponibles, le 4e m’a carrément choquée. Il m’a annoncé qu’il faudrait au moins 10 séances, à 100€ la séance (déjà, à ce stade, Felix me dirait : « fuiiiiis »), et donc je lui ai répondu « je vais réfléchir, c’est tout de même un budget et pour l’instant je ne l’ai pas », ce à quoi il m’a répondu : « je vous propose un marché : pour que cela marche, il faudra que vous vous investissiez aussi. Si ça marche, c’est que vous aurez rempli votre part du contrat. Je ne vous ferai rien payer, votre guérison sera ma récompense. Si ça ne fonctionne pas, c’est que vous n’aurez pas fait votre part du travail, donc vous devrez me payer les 10 séances à la fin de celles-ci. » Là, j’ai pris peur, je l’ai remercié un peu trop rapidement en lui disant que j’allais réfléchir (c’était bien sûr déjà tout réfléchi), j’ai raccroché et suis partie me cacher dans un coin.

J’avais déjà pris rendez-vous avec l’une des trois premières, mais je ne savais pas trop où j’allais mettre les pieds. Quand j’ai annoncé sur le groupe que j’avais pris RDV, Felix m’a dit « ah zut, j’avais quelqu’un à te recommander chaudement ». Il avait dit le mot magique, encore plus rassurant que thérapeute : recommandé. Donc ni une ni deux, j’ai décommandée la madame trouvée sur Google, et pris rendez-vous avec Antoine Garnier.

Au téléphone, le feeling est bien passé, et en plus, il avait déjà traité plusieurs patients atteints de phobies alimentaires, « des adultes qui mangeaient comme des enfants », pour reprendre ses propres termes. Je me suis donc sentie plus rassurée.

 

Je ne me suis pas trop renseignée avant la séance, volontairement. Je ne voulais pas arriver avec des apriori sur ce qui allait se passer ou non, et sur ce que je pouvais espérer à la sortie. J’y suis allée en me disant que si ça marche tant mieux, sinon ce n’est pas grave, ça ne me coûte rien d’essayer — enfin que du financier mais pas d’effort particulier ni de douleur quelconque — et au moins je n’aurais pas à regretter de ne pas avoir tenté.

 

Le mode et la fréquence des séances

Pendant la séance, Antoine a commencé par me poser des questions à propos de mon problème, mais surtout orientés sur le futur. Ce que j’aimerais améliorer, ce que j’attendais des séances d’hypnose.

Ensuite, il a vérifié que j’étais bien réceptive à l’hypnose, notamment en faisant bouger ma main toute seule. Ne me demandez pas comment, mais effectivement ma main bougeait bien toute seule, un peu comme la trotteuse d’une horloge qui se déplace de quelques millimètres toutes les secondes.

Puis il m’a fait faire des exercices de projection, où je devais imaginer différents scénarios pendant qu’il m’hypnotisais — par exemple ma réaction actuelle face à un aliment nouveau, puis m’imaginer manger avec plaisir ce même aliment. Je dois avouer que je ne suis pas très douée avec la projection, et que visualiser dans ma tête ce qu’il me demandait était très compliqué.

Je l’ai revu trois semaines plus tard, puis encore une ou deux fois ensuite.

 

Pourquoi j’ai arrêté

Je n’ai pas franchement ressenti d’amélioration suite à ses séances. Peut-être un peu moins d’anxiété face aux nouveaux aliments, mais je n’en étais pas vraiment sûre, et puis c’était quand même ma 3e tentative de traitement (après la thérapie cognitive et comportementale, et le traitement aux anti-dépresseurs), et c’est un peu difficile de quantifier à quel traitement sont dûs les progrès.

En tout les cas, ce dont je suis sûre, c’est que je n’ai pas remarqué de changement significatif, et encore moins radical, à la suite des séances d’hypnose, comme Félix Economakis semblait le promettre…

Comprendre

Une phobie comme les autres ?

La question était de savoir combien d’entre nous sont complètement honnête avec les gens à propos de leur SED. La personne ayant soulevé ce sujet ne l’est pas, s’en cache le plus possible, mais elle se dit que peut être qu’être plus ouverte à ce sujet pourrait l’aider à mieux le vivre. Parmi les réponses, certains s’en cachent carrément, la plupart évitent le sujet en disant simplement qu’ils n’ont pas faim ou qu’ils ne se sentent pas très bien. Peu sont ceux qui comme moi l’expliquent clairement.

Avec le temps, j’ai réalisé que plus je l’expliquais clairement, moins on m’emmerdait à ce sujet. En prenant les devants, en expliquant le problème avant même que les questions se posent, je trouve qu’il est plus facile d’éviter les questions qui mettent mal à l’aise, les réflexions déplacées, et on peut plus facilement orienter la discussion dans le sens que l’on souhaite. Ainsi, quand la discussion s’oriente vers ce sujet, je dis directement que j’ai une phobie de la bouffe. Je place le mot phobie le plus rapidement possible. Les gens savent ce que c’est, et comprennent plus facilement ce terme, que même le terme néophobie, ou encore moins trouble de l’alimentation sélective… Ils sont toujours un peu dubitatifs : comment peut-on avoir peur de la nourriture alors que 1/ c’est inoffensif, et 2/ c’est vital pour la survie de l’homme.

Les phobies des souris, des araignées, de la foule, sont des peurs souvent évoquées, et assimilées par tous comme des raisons « valables » à une phobie. Alors que bien souvent, les personnes souffrant de ces phobies n’ont même jamais été confrontées à un événement traumatisant impliquant l’un de ces éléments (pour la foule peut être un peu plus). On ne remet pas en cause ces phobies. Pourquoi cela devrait-il être différent pour la nourriture ? C’est pourtant le cas. Les gens ne peuvent pas concevoir qu’on puisse avoir une phobie de la nourriture.

Et c’est là que Felix E. a eu un raisonnement qui m’a bien plu :

Le sentiment de honte est très destructeur et ajoute une autre couche d’angoisse à la personne atteinte de SED, dont elle pourrait vraiment se passer. Combien de phobiques des araignées sont honteux de leur phobie ? Très peu. Si quelqu’un avoue être effrayé par des araignées minuscules, les autres personnes présentes ont tendance se montrer compréhensives.

Pourquoi une phobie de la nourriture devrait être différente d’une autre phobie ? Ça ne devrait pas. Mais après avoir entendu bon nombre de fois « ooh, mais ce n’est que de la nourriture, comment peux-tu être phobique de la nourriture ?! », à un certain moment le jugement négatif des autres (souvent basé uniquement sur leur ignorance) va commencer à déteindre et la personne atteinte va elle-même se juger de manière négative.

Si vous croyez un tel jugement, alors vous allez souffrir, vous sentir incompris et honteux, alors vous gardez cela secret. Vous vous sentez complexé et timide, et êtes rapidement sur la défensive.

Cela agrave encore plus le problème.

Prenons l’exemple des personnes phobiques des araignées. Elles acceptent d’avoir une phobie et se disent « Et alors ? La plupart des gens ont une phobie de quelque chose. ». Ces personnes ne se ressent pas le besoin de s’en cacher, de juger ou quoi que ce soit. Ils l’acceptent tout simplement. C’est beaucoup plus facile de vivre avec.

Si vous êtes indulgent vous-même, que vous tolérez et accepter votre SED, vous allez alors projeter cela sur les autres autour de vous, les éduquer en conséquence et ils deviendront alors eux-aussi plus indulgents, et compréhensifs, ils l’accepteront aussi plus facilement. Ils prennent exemple sur vous. Ne prenez pas ça personnellement, voyez le simplement comme une ignorance temporaire de comment fonctionne le SED.

Pour accepter plus facilement votre SED, accordez vous la même indulgence que si vous aviez une phobie des araignées. Rappelez-vous que votre inconscient peut créer des phobies de n’importe quoi. La plupart des personnes ayant la phobie des araignées ou des serpents n’ont jamais été blessées par des serpents ou des araignées, alors que la plupart des personnes souffrant de SED ont bel et bien ressenti de la douleur – vomissements, crampes, intolérances, réactions allergiques, goûts infects ou textures désagréables par le passé. Toutes ces expériences justifient bien de développer une phobie, et bien plus que celles justifiant les autres phobies citées plus tôt.