Comprendre

Une phobie comme les autres ?

La question était de savoir combien d’entre nous sont complètement honnête avec les gens à propos de leur SED. La personne ayant soulevé ce sujet ne l’est pas, s’en cache le plus possible, mais elle se dit que peut être qu’être plus ouverte à ce sujet pourrait l’aider à mieux le vivre. Parmi les réponses, certains s’en cachent carrément, la plupart évitent le sujet en disant simplement qu’ils n’ont pas faim ou qu’ils ne se sentent pas très bien. Peu sont ceux qui comme moi l’expliquent clairement.

Avec le temps, j’ai réalisé que plus je l’expliquais clairement, moins on m’emmerdait à ce sujet. En prenant les devants, en expliquant le problème avant même que les questions se posent, je trouve qu’il est plus facile d’éviter les questions qui mettent mal à l’aise, les réflexions déplacées, et on peut plus facilement orienter la discussion dans le sens que l’on souhaite. Ainsi, quand la discussion s’oriente vers ce sujet, je dis directement que j’ai une phobie de la bouffe. Je place le mot phobie le plus rapidement possible. Les gens savent ce que c’est, et comprennent plus facilement ce terme, que même le terme néophobie, ou encore moins trouble de l’alimentation sélective… Ils sont toujours un peu dubitatifs : comment peut-on avoir peur de la nourriture alors que 1/ c’est inoffensif, et 2/ c’est vital pour la survie de l’homme.

Les phobies des souris, des araignées, de la foule, sont des peurs souvent évoquées, et assimilées par tous comme des raisons « valables » à une phobie. Alors que bien souvent, les personnes souffrant de ces phobies n’ont même jamais été confrontées à un événement traumatisant impliquant l’un de ces éléments (pour la foule peut être un peu plus). On ne remet pas en cause ces phobies. Pourquoi cela devrait-il être différent pour la nourriture ? C’est pourtant le cas. Les gens ne peuvent pas concevoir qu’on puisse avoir une phobie de la nourriture.

Et c’est là que Felix E. a eu un raisonnement qui m’a bien plu :

Le sentiment de honte est très destructeur et ajoute une autre couche d’angoisse à la personne atteinte de SED, dont elle pourrait vraiment se passer. Combien de phobiques des araignées sont honteux de leur phobie ? Très peu. Si quelqu’un avoue être effrayé par des araignées minuscules, les autres personnes présentes ont tendance se montrer compréhensives.

Pourquoi une phobie de la nourriture devrait être différente d’une autre phobie ? Ça ne devrait pas. Mais après avoir entendu bon nombre de fois « ooh, mais ce n’est que de la nourriture, comment peux-tu être phobique de la nourriture ?! », à un certain moment le jugement négatif des autres (souvent basé uniquement sur leur ignorance) va commencer à déteindre et la personne atteinte va elle-même se juger de manière négative.

Si vous croyez un tel jugement, alors vous allez souffrir, vous sentir incompris et honteux, alors vous gardez cela secret. Vous vous sentez complexé et timide, et êtes rapidement sur la défensive.

Cela agrave encore plus le problème.

Prenons l’exemple des personnes phobiques des araignées. Elles acceptent d’avoir une phobie et se disent « Et alors ? La plupart des gens ont une phobie de quelque chose. ». Ces personnes ne se ressent pas le besoin de s’en cacher, de juger ou quoi que ce soit. Ils l’acceptent tout simplement. C’est beaucoup plus facile de vivre avec.

Si vous êtes indulgent vous-même, que vous tolérez et accepter votre SED, vous allez alors projeter cela sur les autres autour de vous, les éduquer en conséquence et ils deviendront alors eux-aussi plus indulgents, et compréhensifs, ils l’accepteront aussi plus facilement. Ils prennent exemple sur vous. Ne prenez pas ça personnellement, voyez le simplement comme une ignorance temporaire de comment fonctionne le SED.

Pour accepter plus facilement votre SED, accordez vous la même indulgence que si vous aviez une phobie des araignées. Rappelez-vous que votre inconscient peut créer des phobies de n’importe quoi. La plupart des personnes ayant la phobie des araignées ou des serpents n’ont jamais été blessées par des serpents ou des araignées, alors que la plupart des personnes souffrant de SED ont bel et bien ressenti de la douleur – vomissements, crampes, intolérances, réactions allergiques, goûts infects ou textures désagréables par le passé. Toutes ces expériences justifient bien de développer une phobie, et bien plus que celles justifiant les autres phobies citées plus tôt.

 

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5 commentaires

  • Répondre Bérénice 15/03/2013 à 17 h 33 min

    Je suis tout à fait d’accord avec lui aussi. Je ne me suis jamais cachée. J’ai toujours expliqué avec mes mots je disais que j’avais un blocage psychologique avec la nourriture. Après comme tous les neophobes je suis tombée sur des cons mais aussi sur des personnes géniales qui m’ont acceptées telle que je suis. Et puis en regardant de plus près il y a un côté plutôt positif ça permet aussi de faire le tri et de n’accorder de l’importance qu’aux personnes qui en valent la peine 😉

  • Répondre Angélique 15/03/2013 à 23 h 45 min

    « Phobie » c’est le mot magique qui fait que les gens deviennent compréhensifs. En tout cas c’est comme ça que je vois les choses au regard de ce que j’ai pu vivre.

  • Répondre alexis 16/03/2013 à 21 h 17 min

    Je pense pas que ce soit le mot « phobie » en lui même qui soit important, mais plutôt la manière de le dire. L’utiliser avec assurance ou en s’excusant, n’est pas pareil.

    à B: d’observer la réaction des gens confrontés à cette différence, m’a beaucoup « amusé » par le passé, dans le sens où j’avais l’impression d’être équipé d’un détecteur de personnalité,comme si j’étais une sorte de détecteur de mensonge humain.
    En revanche, que les réactions me paraissent amicales ou dénigrantes ne m’aide pas temps que ça à faire des choix. La plupart du temps, il ne s’agit que de réactions de surprise. Les bonnes ou mauvaises actions qui suivent ne sont pas toujours raccord.
    Ce qui me gêne un peu, c’est que j’ai beaucoup être dans un environnement qui se veut tolérant, au final, je peux assister à des fêtes sans que personne ne m’adresse la parole, et que quand j’essaie d’ouvrir une discussion, l’autre y met un terme dès sa première réponse.
    C’est pas si facile que ça de trouver les personnes qui nous acceptent comme on est et qui trouvent un intérêt à être amis avec nous. Depuis que je teste différents environnements pour voir ce qui est possible, je me rend compte que je me suis fait beaucoup d’illusions par le passé, que les gens qui me proposent leur amitié ne sont pas ceux auxquels j’aurais pensé, ni ceux vers qui j’aurais eu le réflexe d’aller. Ce qui me chagrine un peu, c’est que ces derniers, même si ils voient de manière évidente ma solitude, et qu’ils ont toutes les bonnes intentions du monde, sont peut-être ceux qui on le moins de chance de la combler. A l’inverse, ceux qui me rejettent le plus sont souvent ceux qui me ressemblent le plus (à commencer par la famille). Parait-il que c’est par ce qu’ils n’aiment pas l’image que je leur renvoie d’eux même.

    • Répondre alexis 16/03/2013 à 21 h 51 min

      En faisant la vaiselle, je repense à ce que viens d’écrire et je me rend compte que je tombe dans le mélo. c’est la faute à « Cloud Atlas », je sors du ciné, et il fout le cafard ce film.

      J’en reviens au perfectionnisme, ce qui me gêne en fait par rapport à ce que viens d’écrire, c’est qu’au final, je suis incapable de dire si il y a un réel rejet autour de moi ou si je me fais un film pour rien qu’en fait c’est juste moi qui suis un peu une tête de lard. Le fait d’être différent et de ne pas bien l’assumer ou le vivre, dans les faits, c’est un peu une torture psychologique, parce qu’on ne sait pas si le problème vient des autres (étroitesse d’esprit) ou de nous (tête de lard).
      Vous ne vous poser jamais plein de questions sur tout vous ?

  • Répondre LeeLoo 18/03/2013 à 11 h 18 min

    @Angélique : Oui je suis bien d’accord, c’est un mot magique, j’avais commencé à l’utiliser depuis quelques années avant même d’entendre parler de néophobie, et les gens sont beaucoup plus compréhensifs quand on parle de phobie.

    @Bérénice : je ne suis pas sûre que ça aide à faire un tri. Enfin moi je ne le voie pas trop comme ça. Il y a des gens de qui je ne suis pas spécialement proches (un collègue de travail notamment) mais qui a compris parfaitement le truc et qui est capable pour chaque aliment de me dire « ça tu devrais goûter ça pourrait te plaire » et qui a raison à chaque fois, et puis il y a des potes ou des amis plus proches, qui n’ont pas forcément capté le truc, mais ça ne nous empêche pas du tout de très bien s’entendre et la bouffe on n’en parle pas tout simplement, de toutes façons une fois que je l’ai expliqué une fois après en général on n’en parle plus avec personne. Tant qu’il n’y a pas systématiquement à chaque repas des remarques chiantes du genre « tu devrais goûter ça, fais un effort », ce que les gens en pensent, en retiennent, y comprennent, je m’en fous un peu, cela n’influe absolument pas sur notre relation. On n’est pas obligé d’être d’accord sur tout avec ses amis, et s’ils ne sont pas d’accord avec ma façon de manger, cela ne nous empêche pas de bien nous entendre sur un tas d’autres points.

    @Alexis : je crois effectivement que tu te poses beaucoup trop de questions, et que tu donnes trop d’importance à tout. Selon moi, si tu es dans une telle solitude, c’est qu’il y a d’autres choses à côté, ce n’est pas ton problème de bouffe à lui tout seul qui explique tout ça. Ou alors c’est peut être le fait que tu en fasses tout une montagne, je ne sais pas, mais en tout cas, mon rapport à la nourriture ne m’a jamais empêché de me faire des amis.

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